Une famille apprend le décès de sa mère. Non pas par un appel du médecin traitant. Par la récupération du corps. C’est ce que le texte de loi sur l’aide à mourir, tel qu’il sera soumis au vote le 15 juillet, autorise concrètement. La famille n’a pas à être informée. Le médecin qui pratique l’acte n’a pas à connaître le patient. Le consentement peut être oral, sans témoin écrit.
Le Dr Nicole Delépine a passé quarante ans en oncologie pédiatrique. Elle a dirigé le service de cancérologie pédiatrique de l’AP-HP. Elle a soigné des enfants. Elle a vu des familles traverser l’intraversable. Et c’est précisément cette expérience qui l’a conduite à écrire un livre dont l’argument central est aussi contre-intuitif que solide : même les médecins favorables à l’euthanasie peuvent s’opposer à sa légalisation.
Pour comprendre pourquoi, le livre NON à la légalisation de l’euthanasie du Dr Nicole Delépine est disponible en précommande aux Éditions marco pietteur, et en téléchargement PDF gratuit sur la fiche du livre.
Légalisation de l’euthanasie : ce que 40 ans au chevet des malades enseignent

Un médecin qui a passé quarante ans auprès de malades atteints de cancer voit des choses que les textes de loi ne voient pas. Il voit un patient qui demande à mourir un lundi et qui remercie d’être encore là le vendredi. Il voit une famille dévastée dont la peur du deuil se confond avec la demande du malade. Il voit aussi, parfois, une détresse réelle que les soins palliatifs auraient pu soulager, si seulement ils avaient existé dans cette ville, dans cet hôpital, à ce moment-là.
Le Dr Delépine ne plaide pas pour l’immobilisme. Elle défend une distinction fondamentale : le geste humain posé en conscience par un médecin, dans le secret d’une relation singulière, n’est pas la même chose qu’une procédure écrite dans un texte de loi. L’un relève de l’éthique. L’autre relève de l’administration. Et quand on inscrit la mort dans la loi, on crée des dérives que personne ne voulait au départ.
Les « directives anticipées », rédigées par des personnes en bonne santé, peuvent devenir des pièges. La personne qui a signé un document à 45 ans, en pleine forme, n’est plus la même à 80 ans, vulnérable, peut-être sous pression de l’entourage ou du système. La loi, elle, ne voit pas cette nuance. Elle voit un document. Elle exécute.
Quand même les partisans de l’euthanasie refusaient de la légaliser
Le Pr Léon Schwartzenberg était favorable à l’euthanasie. Et pourtant, il s’opposait catégoriquement à sa légalisation. Cette position, qui peut sembler paradoxale, est au coeur de l’argument le plus solide contre le texte actuellement débattu à l’Assemblée nationale.
Schwartzenberg estimait qu’un médecin digne de ce nom devrait, si nécessaire, aider un patient à partir, en accepter les conséquences judiciaires, et compter sur la conscience collective pour lui accorder un non-lieu. Ce chemin est dur. Il exige du courage, de la relation, du temps. Mais il protège contre le glissement le plus redouté : celui où l’injection létale devient une procédure administrative réalisée en 48 heures par un médecin que le patient n’a jamais rencontré.
C’est exactement ce que le texte de 2026 permettrait. Un « médecin lambda », sans lien préalable avec le patient, pourrait pratiquer une euthanasie sur la base d’un consentement oral. La famille n’est pas nécessairement informée. Elle peut découvrir le décès a posteriori. Ce n’est pas de la compassion. C’est de la logistique.
La voix du terrain contre la logique législative
📖 NON à la légalisation de l’euthanasie
Dr Nicole Delépine
Quarante ans de pratique oncologique condensés en 192 pages. Le Dr Delépine documente les mécanismes par lesquels un texte de loi présenté comme un progrès peut devenir, dans la pratique, une procédure irréversible.
📄 Le livre complet est offert en téléchargement PDF gratuit sur la fiche du livre, onglet « Lire quelques pages ».
Découvrir le livre →Aide à mourir ou procédure administrative : ce que le texte de loi prévoit vraiment
Le terme « aide à mourir » est un choix sémantique, pas un constat médical. Albert Camus l’avait formulé autrement : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Ce que le texte décrit concrètement, c’est une injection létale administrée après un consentement oral, sans obligation de témoins écrits, sans concertation obligatoire avec le médecin traitant ou la famille.

Plusieurs parlementaires opposés au texte, dont la députée Christelle Minard (Eure-et-Loir), ont alerté sur « l’interdit fondateur de ne pas donner la mort » qui structure notre rapport collectif à la vulnérabilité. Le député Marc Chavent (Ain) a exprimé sa crainte d’une « fragilisation des personnes les plus vulnérables » malgré les garanties affichées du texte. Ce ne sont pas des positions idéologiques : elles s’appuient sur des précédents documentés dans les pays qui ont légalisé avant la France.
Ce que le Dr Delépine apporte à ce débat, c’est quelque chose que les textes de loi ne peuvent pas avoir : 40 ans de présence au lit du malade. Formée dans les années 1980 auprès du Pr Léon Schwartzenberg et du Pr Lucien Israël, pionniers de la cancérologie française, elle a dirigé pendant des décennies le service de cancérologie pédiatrique de l’AP-HP. Elle a soigné des enfants. Elle a accompagné des familles. Elle a vu mourir.
C’est précisément Schwartzenberg qui lui a transmis, dès les années 80, ce qu’elle appelle une règle d’or : « Le médecin peut parfois aider un patient dans le secret et l’intimité du dialogue singulier, mais il ne faut jamais laisser légiférer, jamais, car cela ouvrirait la porte à toutes les dérives. » Cette phrase vient d’un homme qui n’était pas opposé à l’euthanasie. Elle vient d’un homme qui en comprenait exactement les risques.
Ces risques, le Dr Delépine ne les a pas lus dans des rapports. Elle les a vécus. Dès les années 2000, dans son propre service d’oncologie pédiatrique, elle a été confrontée à des soignants devenus des promoteurs de l’euthanasie. Elle décrit avoir vu des pédiatres pratiquer des euthanasies sous couvert de sédation irréversible, sur des enfants déclarés arbitrairement incurables, parfois sans l’avis du patient, parfois contre l’avis de la famille. Ce n’était pas de la compassion. C’était de l’arbitraire médical.
En Belgique et aux Pays-Bas, les critères initiaux ont été progressivement élargis. Ce que la loi présentait comme des garde-fous s’est révélé perméable : patients psychiatriques, personnes âgées « fatiguées de vivre », mineurs dans certains cas. La légalisation de l’euthanasie ne crée pas un droit figé. Elle ouvre une dynamique d’extension que les textes suivants amplifient. Ce que la France s’apprête à voter le 15 juillet n’est pas une ligne d’arrivée. C’est une ligne de départ.
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Soins palliatifs en France : le « choix libre » n’existe pas sans les alternatives
Choisir librement sa mort suppose d’avoir d’abord accès à une mort accompagnée. En France en 2026, ce n’est pas le cas pour la majorité des personnes concernées. Moins d’un tiers des patients qui devraient bénéficier de soins palliatifs y ont effectivement accès. 500 personnes par jour en sont privées, selon les chiffres cités par des députés favorables au texte eux-mêmes.

Voter une loi sur l’aide à mourir avant d’avoir résolu l’accès aux soins palliatifs, c’est proposer une sortie de secours avant d’avoir construit la maison. Le Dr Delépine le formule sans détour : derrière l’argument de la liberté individuelle peuvent se cacher des objectifs économiques inavoués. La gestion budgétaire de la dépendance, le financement des retraites, la pénurie de soignants : autant de contraintes systémiques auxquelles une loi sur l’euthanasie offre une réponse commode, et définitive.
La question posée par ce livre n’est pas « faut-il accompagner les personnes en fin de vie? » Tout le monde répond oui. La question est : quelle société voulons-nous transmettre à ceux qui viennent après nous? Une société qui accompagne les plus fragiles, ou une société qui considère certaines vies comme devenues inutiles?
Ce que vous allez trouver dans NON à la légalisation de l’euthanasie :
- L’histoire des débats français sur l’euthanasie depuis les années 1970, avec les arguments qui ont résisté au temps
- Une analyse critique du projet de loi 2026 : ce que le texte dit vraiment, clause par clause
- Les précédents belges et néerlandais : comment les critères initiaux ont glissé
- Le rôle du décret Rivotril de 2020 dans la rupture de confiance médecin-patient
- Des propositions concrètes pour développer les soins palliatifs comme alternative réelle
Disponible à 9,50 € sur la boutique des Éditions marco pietteur (parution novembre 2026, précommande ouverte). Le livre complet est aussi offert en téléchargement PDF gratuit sur la fiche du livre, onglet « Lire quelques pages ».
Pensez-vous qu’un « choix libre » est possible quand les soins palliatifs ne couvrent pas votre territoire? Partagez votre réflexion en commentaire.
Si cet article soulève des questions que vous n’osiez pas poser, transmettez-le à quelqu’un qui traverse une situation de fin de vie proche. C’est exactement le type de lecture qui peut faire évoluer les conversations.
FAQ
Quelle est la différence entre euthanasie et aide à mourir dans la loi française de 2026?
La proposition de loi utilise le terme « aide à mourir » pour désigner un acte par lequel un médecin administre ou prescrit une substance létale à la demande d’un patient en phase avancée ou terminale d’une maladie grave et incurable. La distinction avec l’euthanasie est sémantique : dans les deux cas, un médecin provoque activement la mort. Le texte exige un consentement libre et éclairé, renouvelable, mais ne requiert pas obligatoirement de témoin écrit ni de concertation avec le médecin traitant ou la famille.
Pourquoi des médecins peuvent-ils être favorables à l’euthanasie mais opposés à sa légalisation?
Le Pr Léon Schwartzenberg, pionnier de l’oncologie en France et partisan de l’euthanasie, estimait que légaliser l’acte lui faisait perdre sa dimension humaine et éthique. Selon lui, un médecin qui aide un patient à partir doit le faire en conscience, accepter d’en répondre devant la justice, et compter sur la société pour reconnaître la légitimité de son geste. La loi, en revanche, transforme ce geste en procédure administrative, ouvre la voie à des médecins sans lien avec le patient, et crée un risque de dérive bureaucratique irréversible.
Quels sont les risques de dérive documentés dans les pays qui ont légalisé l’euthanasie?
En Belgique et aux Pays-Bas, pays pionniers, les critères d’accès à l’euthanasie ont été progressivement élargis au-delà des cas initialement prévus : patients souffrant de troubles psychiatriques, personnes âgées « fatiguées de vivre », et dans certains pays mineurs. Les garde-fous légaux initiaux se sont révélés perméables dans la pratique. Ces évolutions, documentées dans des rapports officiels, alimentent la crainte d’une « pente glissante » que le Dr Delépine analyse dans son ouvrage.
Comment les soins palliatifs en France se comparent-ils aux besoins réels des patients?
En France en 2026, moins d’un tiers des patients qui devraient bénéficier de soins palliatifs y ont effectivement accès. 500 personnes par jour en sont privées, selon des chiffres cités par des parlementaires de tous bords. L’accès est géographiquement très inégal : de nombreux départements ne disposent pas d’unités de soins palliatifs. Pour le Dr Delépine, légaliser l’aide à mourir avant d’avoir résolu ce déficit revient à proposer une sortie de secours avant d’avoir construit les alternatives.
Quand est prévu le vote définitif sur la loi euthanasie à l’Assemblée nationale?
Après le rejet du texte par le Sénat le 12 mai 2026 et l’échec de la Commission Mixte Paritaire le 2 juin, l’Assemblée nationale dispose du dernier mot en vertu de l’article 45 de la Constitution. Le vote définitif des députés est prévu le 15 juillet 2026.












