Une rage de dents oubliée pendant une journée de formation, puis un rendez-vous chez le dentiste. L’anecdote racontée par Christophe Tricart contient toute la tension de son entretien: le rire peut changer la façon de traverser un moment pénible, mais la dent reste à soigner. Dans son approche de l’histoire de la médecine, l’humour ouvre une conversation qui, sans lui, pourrait vite devenir pesante.
Auteur, scénariste et ancien éditeur, Christophe Tricart s’est intéressé à plus d’un siècle de découvertes, d’erreurs et de controverses. Son livre, La Drôle d’histoire de la médecine (de 1900 à l’après-Covid), invite à apprendre en souriant. Il pose aussi une question moins confortable: comment regarder les progrès médicaux avec discernement lorsque l’on connaît certains de leurs revers?
Son entretien permet de suivre la naissance de cette enquête et la place qu’il donne au rire. Il invite également à exercer ce regard critique sur tous les récits de santé, y compris ceux qui contestent la médecine conventionnelle.
Pourquoi raconter l’histoire de la médecine avec humour?
Au départ, il y a une curiosité. Les débats des dernières années ont donné à Christophe Tricart l’envie de remonter le temps. Les tensions autour de la médecine avaient-elles commencé avec le Covid? Quelles découvertes avaient transformé les soins? Quelles erreurs avaient persisté malgré les alertes?
Dans l’entretien, il évoque près de 6 000 heures de recherche et la lecture d’une centaine de livres et de magazines. Ces chiffres décrivent le travail qu’il dit avoir consacré à son projet. Ils éclairent son engagement personnel, sans suffire à eux seuls à valider chacune des conclusions du livre.
La forme choisie compte tout autant. La fiche de l’éditeur présente 150 récits courts, accompagnés de dessins de Bickel et JeanGé. Le lecteur peut ainsi entrer dans le sujet par une anecdote, une découverte ou une affaire précise. Pas besoin de parcourir tout un traité avant de rencontrer une question qui le concerne.
Christophe Tricart explique avoir voulu éviter d’ajouter de l’angoisse à une époque qu’il trouve déjà stressante. Son expérience de formateur en humour positif nourrit cette intention. Il raconte intervenir auprès de professionnels, notamment dans des entreprises et des hôpitaux, et chercher des façons de desserrer la tension par le rire.
Un dessin satirique peut rendre visible une contradiction en quelques secondes. Une anecdote donne envie de poursuivre une lecture dont le sujet, annoncé autrement, semblerait aride. Mais l’humour a aussi une limite: une formule drôle reste une formule. Elle ne remplace ni une source, ni une démonstration, ni l’examen d’un traitement.
L’histoire de la rage de dents prend ici tout son sens. Selon le récit de l’auteur, le participant a passé plusieurs heures sans penser à sa douleur. Il est ensuite allé chez son dentiste. L’anecdote décrit une expérience de soulagement; elle ne permet pas de conclure que le rire a traité la cause de la douleur.
Dans l’entretien ci-dessous, Christophe Tricart revient sur cette place de l’humour, sur ses recherches et sur la méfiance que certaines découvertes ont suscitée chez lui. Retrouvez son témoignage dans la vidéo ci-dessous:
Pour découvrir le projet qui accompagne cet entretien, retrouvez La Drôle d’histoire de la médecine (de 1900 à l’après-Covid) sur le site des Editions marco pietteur.
Histoire médicale: regarder les progrès et les scandales ensemble
L’intervieweur insiste sur les contrastes du livre: certaines pages racontent des découvertes qui ont changé les soins, d’autres des erreurs ou des scandales. Christophe Tricart cite notamment l’imagerie par résonance magnétique et les soins dentaires parmi les apports qu’il reconnaît à la médecine contemporaine.
Cette coexistence mérite mieux qu’un bilan où l’on compterait les bonnes et les mauvaises nouvelles. Une technique utile ne fait pas disparaître un scandale. Un scandale, aussi grave soit-il, ne permet pas de conclure que tous les traitements sont inefficaces. Chaque situation appelle ses propres questions: qui a été exposé, à quel risque, avec quel bénéfice et sur la base de quelles connaissances?
Le Distilbène, évoqué dans l’entretien, offre un exemple documenté. Le diéthylstilbestrol, ou DES, est un œstrogène de synthèse prescrit pendant la grossesse pour prévenir certaines complications. Des études ont montré dans les années 1950 qu’il ne prévenait pas les problèmes visés. En 1971, un lien a été établi entre l’exposition avant la naissance et un cancer rare chez certaines jeunes femmes. Le National Cancer Institute retrace cette histoire et ses conséquences.
Ce cas soulève des questions très concrètes: comment vérifie-t-on qu’un médicament tient sa promesse? Comment suit-on ses effets à distance? Que fait-on lorsqu’une alerte contredit une pratique installée? Pour le lecteur, l’intérêt de revenir sur cette histoire tient aussi à ces questions, qui restent utiles lorsqu’une nouvelle promesse de santé apparaît.
L’entretien aborde également le rapport Flexner de 1910. Christophe Tricart y voit un tournant dans la marginalisation de certaines approches médicales. Le repère historique vérifiable est le suivant: ce rapport d’Abraham Flexner, publié par la Fondation Carnegie, portait sur la formation médicale aux États-Unis et au Canada. La Fondation indique qu’il examinait 155 écoles et recommandait de renforcer la formation scientifique et clinique. Son historique institutionnel éclaire ce contexte; il ne suffit pas à épuiser les débats sur les conséquences de cette réforme.
Garder un esprit critique, jusque dans le doute
Vers la fin de l’entretien, Christophe Tricart invite ses lecteurs à se documenter lorsqu’on leur annonce une maladie ou leur propose un médicament. Cette volonté de comprendre peut nourrir le dialogue avec un soignant: demander le bénéfice attendu, les effets indésirables, les alternatives possibles et ce qui demeure incertain.
La difficulté commence lorsque la méfiance devient une réponse valable pour tout. Un récit de découverte étouffée peut paraître convaincant, surtout après la lecture d’un scandale avéré. Pourtant, il faut encore examiner la découverte elle-même. Quels résultats a-t-elle produits? Chez combien de personnes? Ont-ils été reproduits?
Un passage de l’entretien exige ainsi une précision: l’affirmation générale selon laquelle la chimiothérapie ne soigne pas est incorrecte. Selon le cancer et sa situation, elle peut viser la guérison, réduire le risque de récidive, ralentir la maladie ou soulager des symptômes. Ses effets indésirables sont réels, mais ils ne permettent pas de nier globalement son efficacité. Le National Cancer Institute explique ces différents objectifs.
La même exigence s’applique aux anecdotes de guérison. Un témoignage peut donner une piste à explorer. Il ne permet pas, à lui seul, de savoir ce qui a provoqué une amélioration, surtout lorsque plusieurs interventions ont eu lieu au même moment. Le nombre d’heures de recherche d’un auteur ou la relecture de son manuscrit ne changent pas cette distinction.
Vous pouvez garder trois questions à portée de main pendant votre lecture: la source est-elle identifiable? Parle-t-on d’un cas individuel ou de résultats comparés? La conclusion correspond-elle réellement à ce qui a été observé? Ces questions valent pour une annonce de laboratoire, une vidéo, un livre ou une promesse de remède naturel.
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Lire Christophe Tricart sans renoncer aux questions
Christophe Tricart assume un regard extérieur au métier de médecin. Il raconte ses étonnements, ses doutes et le plaisir d’apprendre que lui renvoient ses premiers lecteurs. Sa démarche donne une place à la curiosité et à la satire dans un domaine où le vocabulaire technique peut parfois tenir le public à distance.
Le lecteur peut accueillir cette invitation tout en discutant les interprétations proposées. Rire d’une certitude ancienne n’oblige pas à adopter la suivante. On peut apprécier une caricature, être remué par une affaire, puis ouvrir la source citée pour regarder de plus près ce qu’elle dit.
C’est une manière active de lire l’histoire de la médecine: garder la trace d’une référence, relever une date, préparer une question pour une consultation. Le livre devient alors le début d’une recherche personnelle, avec la liberté de ne pas être d’accord à chaque page.
Ce que vous allez apprendre
Christophe Tricart
La Drôle d’histoire de la médecine (de 1900 à l’après-Covid)
Des récits courts pour parcourir les découvertes et les controverses médicales depuis 1900, accompagnés des dessins de Bickel et JeanGé. Une lecture pour rencontrer des épisodes à approfondir, interroger les interprétations de l’auteur et prolonger la discussion ouverte par l’entretien.
Prix affiché sur la boutique le 21 septembre 2026: 18,52 € au lieu de 19,50 €. Le prix en vigueur est indiqué sur la fiche du livre.
Si cet article vous semble utile, partagez-le autour de vous. Il peut ouvrir une discussion sur la place du rire lorsque l’on parle de maladie, de soins et de confiance.
Et dites-nous en commentaire: lorsqu’un récit médical bouscule vos convictions, qu’est-ce qui vous aide à décider s’il mérite votre confiance?
Questions fréquentes
Christophe Tricart est-il médecin?
Non. Dans cet entretien, il intervient comme auteur, scénariste et ancien éditeur. Il indique avoir fait relire son travail par deux médecins. Son livre propose un regard historique et humoristique, sans constituer un guide de traitement.
Le livre porte-t-il uniquement sur les scandales médicaux?
Non. L’entretien et la présentation de l’éditeur évoquent des découvertes, des erreurs, des controverses et des anecdotes, de 1900 à l’après-Covid. L’humour et les dessins accompagnent cette traversée.
Le rire peut-il remplacer des soins?
Non. L’anecdote de la rage de dents rapportée dans l’entretien décrit une douleur momentanément oubliée, suivie d’une consultation dentaire. Elle ne démontre pas une guérison par le rire et ne justifie pas de modifier un traitement.
Où regarder l’entretien de Christophe Tricart?
Vous pouvez regarder l’entretien dans le lecteur vidéo intégré plus haut dans cet article, puis retrouver les sources et la présentation du livre sur cette même page.
















