novembre 5, 2026

Climat: le doute a-t-il encore sa place face au consensus?

Une question d’élève mène Claude Duverney à lire les rapports du GIEC. Dans cet entretien sur Le Mensonge climatique, il explique ses critiques des résumés politiques et de la crosse de hockey, avec des repères pour comprendre le débat.

En 2018, au collège Calvin de Genève, une élève pose une question à son professeur de philosophie: quels sont les arguments des climatosceptiques, ces personnes qui contestent certaines conclusions sur le réchauffement climatique?

Claude Duverney raconte qu’il lui répond, puis apporte des textes au cours suivant. Aux élèves de les lire et d’en discuter. Il affirme n’avoir cherché à leur imposer aucune opinion. Pourtant, sa manière d’aborder le sujet provoque une polémique.

Des années plus tard, il publie Le Mensonge climatique aux Editions marco pietteur. Dans l’entretien consacré à ce livre, il dit avoir lu près de 15 000 pages de rapports et de textes critiques. Il veut comprendre comment on passe des travaux des chercheurs aux messages adressés au public.

Sa critique du consensus climatique part d’une question simple: peut-on encore demander comment une conclusion a été obtenue, sans être aussitôt soupçonné de nier le problème? Pour y répondre, Duverney nous emmène dans des documents que peu de lecteurs ouvrent: les rapports du GIEC.

Le doute a-t-il encore sa place? Visuel de l’entretien avec Claude Duverney sur le climat.

Consensus climatique: être d’accord dispense-t-il d’expliquer?

Un consensus scientifique, c’est un large accord entre chercheurs sur une question. Cela ne veut pas dire que chacun pense exactement la même chose sur tous les détails. Sur le climat, l’accord porte notamment sur le rôle des activités humaines dans le réchauffement récent.

Duverney s’en prend à la façon dont cet accord peut être utilisé dans une discussion. Une personne demande comment les chercheurs arrivent à une conclusion. On lui répond qu’ils sont d’accord. Elle demande à voir les arguments. On la classe parmi les opposants. Dans ce type d’échange, la question de départ reste sans réponse.

C’est ce qu’il dit avoir vécu dans son enseignement. Il défend le droit de lire une critique, de la comprendre, puis de décider si elle tient debout. Étudier un argument ne signifie pas l’approuver.

Le mot «sceptique» a d’ailleurs un sens très simple: quelqu’un qui demande des raisons de croire ce qu’on lui affirme. Le doute permet de repérer une erreur, de refaire un calcul ou d’améliorer une explication. Il oblige aussi celui qui conteste à expliquer précisément ce qu’il reproche au travail des autres.

Dans son livre, Duverney entend appliquer cette démarche à une institution dont le nom revient sans cesse dans l’actualité. Mais que fait exactement le GIEC?

Qui écrit les rapports du GIEC, et qui en choisit les mots?

Le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, rassemble et évalue des recherches déjà publiées. Il ne mène pas lui-même ces recherches. Ses auteurs lisent les études, comparent leurs résultats et rédigent des rapports sur ce que l’on sait du climat. Le GIEC présente cette mission sur son site.

Ces rapports comptent des milliers de pages. Pour les responsables politiques qui doivent prendre des décisions, les auteurs préparent un document plus court: le résumé à l’intention des décideurs. Les représentants des gouvernements le discutent et l’approuvent ligne par ligne, avec les scientifiques.

Duverney porte son attention sur ce passage du texte long au texte court. Il affirme y avoir trouvé des conclusions plus catégoriques que dans les chapitres scientifiques. Selon lui, certaines hésitations disparaissent en chemin, au point de changer le message.

Prenons un exemple de langage, sans rapport avec une citation du GIEC. Dire qu’un résultat est «probable» et dire qu’il est «certain» ne signifie pas la même chose. Le second mot donne une assurance que le premier ne donnait pas. Pour Duverney, comparer les formulations permet de repérer ce genre de changement.

Il s’arrête notamment sur le chapitre 8 du rapport de 1995, consacré à une question précise: comment reconnaître l’effet des activités humaines dans les changements de température observés? Il accuse le GIEC d’avoir modifié ce chapitre après une réunion à Madrid pour le rendre conforme au résumé destiné aux politiques.

La procédure officielle prévoit bien des modifications du rapport pour assurer sa cohérence avec le résumé, modifications qui doivent être consignées par écrit. Cela ne démontre pas, en soi, qu’une conclusion a été falsifiée. La fiche du GIEC sur l’approbation des rapports explique cette règle. Le désaccord porte donc sur ce que les changements ont fait au texte: ont-ils clarifié une idée ou lui ont-ils donné un autre sens?

Dans la vidéo ci-dessous, Claude Duverney développe cette accusation et explique comment il a mené ses lectures. Il aborde ensuite une autre manière de convaincre, beaucoup plus rapide que plusieurs milliers de pages: une image.

Couverture du livre Le Mensonge climatique de Claude Duverney

Claude Duverney

Le Mensonge climatique

Retrouvez dans le livre les arguments développés par Claude Duverney dans cet entretien: sa lecture des rapports du GIEC, sa critique du consensus et sa réflexion sur les liens entre science et politique.

Découvrir le livre →

Infographie présentant les critiques de Claude Duverney sur les relations entre science climatique et politique, avec le logo EMP.
Synthèse visuelle des critiques de Claude Duverney sur les liens entre science et politique. Ces positions sont discutées dans l’article. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

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Du rapport au résumé: que retient-on? Claude Duverney interroge le discours climatique.

La courbe du bâton de hockey : une forme simple, une histoire moins simple

Elle ressemble à un bâton de hockey posé à plat, avec sa palette relevée. C’est cette forme qui a donné son surnom à une courbe de températures…

Imaginez une ligne qui varie assez peu pendant des siècles, puis remonte fortement à son extrémité. Elle ressemble à une crosse de hockey posée à plat, avec sa palette relevée. C’est cette forme qui a donné son surnom à une courbe de températures publiée par Michael Mann et ses collègues à la fin des années 1990, puis mise en avant dans le rapport du GIEC de 2001.

Pour comprendre la discussion, il faut commencer par une difficulté: comment connaître la température d’il y a mille ans? On ne disposait pas alors d’un réseau de thermomètres.

Les chercheurs utilisent donc des traces laissées dans la nature, par exemple les cernes des arbres, la glace ou les sédiments accumulés au fond des lacs. Ces traces donnent des indices sur les conditions du passé. Il faut ensuite les interpréter et les combiner pour estimer les températures. C’est ce qu’on appelle une reconstruction.

Duverney raconte comment deux Canadiens, Stephen McIntyre et Ross McKitrick, ont contesté les données et les calculs utilisés pour produire la courbe. Dans une étude publiée en 2005, ils soutiennent notamment que la méthode utilisée donnait trop de poids à certaines séries de données qui avaient une forme de crosse. Leur reproche: le calcul risquait de faire ressortir cette forme plus fortement qu’il ne le devait. Leur article détaille cette critique statistique.

Le débat porte donc sur la fabrication du graphique, avant même de parler de sa diffusion. Duverney estime que son succès auprès du public a masqué la discussion sur les données et les calculs.

L’évaluation publiée en 2006 par les National Academies américaines a distingué les périodes: les reconstructions des derniers siècles inspiraient davantage confiance que celles d’avant 1600, pour lesquelles les indices étaient moins nombreux. Elle n’a pas déclaré que tous les résultats étaient faux. Son compte rendu présente ces conclusions.

Une courbe raconte l’évolution des températures. Expliquer pourquoi elles ont changé demande encore d’autres travaux. Duverney ne s’arrête pas à la forme du graphique: il s’attaque aussi à l’explication du réchauffement.

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Consensus climatique et incertitudes: de quoi est-on sûr?

Duverney invite à chercher, dans les rapports, les passages où les chercheurs expliquent ce qu’ils connaissent moins bien. Il estime que ces pages occupent trop peu de place dans les messages relayés au public.

Pour comprendre son reproche, il faut savoir ce qu’est une incertitude scientifique. C’est une limite à ce que l’on peut affirmer avec les informations disponibles. Elle peut concerner une mesure, un calcul, un lieu ou une période. Les chercheurs doivent expliquer où se situe cette limite.

On peut, par exemple, savoir qu’une pièce se réchauffe sans connaître la température exacte près de chaque fenêtre. Cet exemple aide à comprendre pourquoi toutes les conclusions d’un rapport n’ont pas le même degré de solidité. Un point mal connu ne rend pas automatiquement tous les autres douteux.

Sur la cause du réchauffement récent, le désaccord est net. Le sixième rapport du GIEC conclut que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, les océans et les terres. Duverney conteste les arguments et les méthodes qui conduisent à cette conclusion. La position du GIEC figure dans son résumé pour les décideurs.

Pour lui, ces désaccords ont des conséquences très concrètes. Dans l’entretien, il parle du coût de l’énergie, des politiques de réduction des émissions et de l’accès à une énergie fiable dans les pays en développement. Les décisions prises au nom du climat touchent à la manière de se chauffer, de se déplacer ou de produire.

Il demande donc que leurs raisons puissent être discutées. Connaître un résultat scientifique et choisir la politique à mener sont deux étapes: la seconde engage aussi des coûts, des priorités et des choix de société.

Le Mensonge climatique: pourquoi Duverney remonte aux textes

Le titre du livre annonce une accusation. Pour la comprendre, il faut suivre les documents sur lesquels l’auteur dit s’appuyer: les rapports successifs du GIEC, leurs résumés et les travaux de chercheurs qui les critiquent.

Duverney se présente comme un philosophe formé à l’étude des textes. Il examine ce qu’une phrase affirme, ce qu’elle laisse de côté et la manière dont elle est reprise. Son livre relie cette lecture à l’histoire des idées et aux rapports entre science et politique.

Interrogé dans la vidéo sur l’existence d’un complot général, il répond qu’il n’en sait rien. Il privilégie, à cette échelle, l’idée d’une convergence d’intérêts: des acteurs différents peuvent soutenir le même discours pour des raisons différentes, sans suivre un plan commun. Il porte par ailleurs des accusations sur des épisodes précis.

Ce qu’il propose au lecteur, c’est de reprendre ces épisodes un par un. Le résumé dit-il la même chose que le chapitre? La courbe montre-t-elle ce qu’on lui fait dire? À quel endroit exact se situe le désaccord? Le livre développe les réponses qu’il apporte à ces questions.

Couverture du livre Le Mensonge climatique de Claude Duverney

Claude Duverney

Le Mensonge climatique

Rapports, résumés, controverses et histoire des idées: Claude Duverney propose une lecture critique des relations entre science et pouvoir. Le livre prolonge les questions de l’entretien sur le consensus, le rôle des institutions et la transmission des résultats au public.

Découvrir le livre →

Un consensus peut-il être discuté? Science, climat et débat avec Claude Duverney.

Quelle question aimeriez-vous poser après cet entretien?

L’élève dont parle Duverney voulait connaître des arguments. Son professeur raconte avoir apporté des textes pour en discuter. Des années de lecture plus tard, il adresse la même invitation au public: ouvrir les documents qu’il cite et regarder ce qu’ils disent.

Vous n’avez pas besoin d’avaler plusieurs milliers de pages pour commencer. Vous pouvez choisir un seul point de l’entretien: le rôle des gouvernements dans les résumés, la construction d’un graphique ou la manière d’exprimer une incertitude. Puis regarder ce que dit le document concerné et ce que Duverney lui reproche.

Une discussion sur le climat peut vite se transformer en dispute sur les intentions de chacun. Revenir à une phrase précise donne au moins quelque chose à examiner ensemble. Quelle question de cet entretien aimeriez-vous voir développée, avec les textes à l’appui? Si vous partagez l’article, indiquez-la: ce sera un point de départ pour la discussion.

Questions sur Claude Duverney et Le Mensonge climatique

Claude Duverney est-il climatologue?

Non. Il se présente comme un philosophe spécialiste de la manière dont les connaissances scientifiques se construisent. Son travail porte sur la lecture des rapports et des critiques qu’il a rassemblées.

Que signifie «consensus climatique»?

C’est un large accord scientifique sur certaines conclusions concernant le climat, notamment le rôle des activités humaines dans le réchauffement récent. Cet accord n’efface pas les recherches et les débats sur les détails, les effets locaux ou les évolutions futures.

Que conteste-t-il dans cet entretien?

Il critique le fonctionnement du GIEC, la rédaction des résumés pour les responsables politiques et la façon dont les résultats sont présentés au public. Il conteste aussi la responsabilité attribuée au CO₂ d’origine humaine dans le réchauffement.

Où retrouver les arguments présentés dans la vidéo?

L’entretien est intégré à cet article. Le livre Le Mensonge climatique permet de prolonger la lecture des arguments de Claude Duverney; la couverture et les boutons de cet article conduisent à sa fiche chez les Editions marco pietteur.

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