Vous connaissez peut-être un enfant autiste dans votre entourage. Ou vous vivez vous-même cette réalité au quotidien. Et vous avez sans doute entendu cette phrase: « C’est génétique, on n’y peut rien. » Mais si cette certitude était en train de vaciller?
De plus en plus de recherches pointent vers une direction inattendue: l’intestin. Plus précisément, ces milliards de bactéries qui peuplent notre système digestif et qu’on appelle le microbiote intestinal.
Dans cette interview fascinante, le Dr Sabine Hazan, gastro-entérologue de renommée mondiale et pionnière de l’étude du microbiome, partage des découvertes qui bouleversent notre compréhension de l’autisme. Elle a analysé des centaines d’échantillons d’enfants autistes et y a trouvé quelque chose de troublant: un microbiote profondément déséquilibré.

Si cette interview vous interpelle, le livre Parlons M*rde du Dr Sabine Hazan explore en profondeur ces mécanismes, en croisant gastro-entérologie, immunologie et recherche sur le microbiome.
Ce que le Dr Hazan a découvert dans l’intestin des enfants autistes
En analysant le microbiome de centaines d’enfants autistes, le Dr Hazan a identifié ce qu’elle appelle une « signature microbienne » spécifique. Ces enfants présentent un manque flagrant de bifidobactéries, ces bonnes bactéries essentielles au bon fonctionnement de notre système immunitaire et digestif.
À l’inverse, leur intestin contient un excès de protéobactéries, des familles bactériennes souvent associées à l’inflammation. Ce déséquilibre n’est pas anodin: il crée ce qu’on appelle une dysbiose, un état où l’écosystème intestinal ne peut plus jouer son rôle protecteur.
Le plus troublant? Cette signature microbienne apparaît même chez des triplés où un seul enfant est autiste, alors qu’ils ont grandi dans le même environnement, mangé la même nourriture, respiré le même air. La différence ne se trouve donc pas dans leurs gènes ou leur quotidien, mais bien dans leur intestin.
L’axe intestin-cerveau: pourquoi votre ventre influence votre tête

Vous vous demandez peut-être: quel est le lien entre l’intestin et le cerveau? La réponse tient en trois mots: l’axe intestin-cerveau.
Notre intestin n’est pas qu’un simple tube digestif. C’est un organe complexe, bourré de terminaisons nerveuses, qui communique en permanence avec notre cerveau. Quand le microbiote est déséquilibré, cette communication se brouille. Des fragments bactériens et des métabolites toxiques peuvent traverser la barrière intestinale affaiblie (ce qu’on appelle l’intestin poreux) et atteindre le système nerveux.
Le Dr Hazan explique que sans un microbiote sain, le cycle de Krebs et les mitochondries, véritables centrales énergétiques de nos cellules, ne reçoivent pas les nutriments essentiels.
Résultat: un dysfonctionnement qui pourrait expliquer de nombreux symptômes observés dans l’autisme, de l’anxiété aux troubles de l’attention.
Ses travaux ont d’ailleurs identifié des signatures microbiennes spécifiques pour l’anxiété et le trouble bipolaire, confirmant que notre santé mentale dépend largement de ce qui se passe dans notre ventre.
La transplantation de microbiote fécal: des résultats spectaculaires
Voici ce qui fascine le plus dans les recherches du Dr Hazan: elle a testé la transplantation de microbiote fécal (TMF) sur des enfants autistes. Cette technique, qui consiste à implanter les selles d’un donneur sain dans le côlon d’un patient, affiche un taux de succès supérieur à 90% pour traiter les infections à Clostridioides difficile.
Mais peut-elle fonctionner pour l’autisme? Les premiers résultats sont encourageants. Le Dr Hazan rapporte des cas où des enfants ont vu leurs symptômes s’améliorer significativement après une TMF, notamment lorsque le donneur était un membre de la famille proche (parent, frère ou sœur).
La compatibilité semble jouer un rôle clé: chaque microbiome est unique, comme une empreinte digitale. Restaurer l’équilibre intestinal d’un enfant autiste ne revient pas à appliquer une formule universelle, mais à trouver la bonne « signature » microbienne pour lui.
Si vous voulez comprendre pourquoi l’autisme ne peut pas être réduit à une simple fatalité génétique, deux ouvrages essentiels méritent votre attention.
Le livre Autisme: une fatalité génétique? de Marie-Christine Dépréaux, mère d’un enfant autiste et chercheuse autodidacte rigoureuse, déconstruit le discours simpliste sur l’origine génétique de l’autisme. Elle révèle l’existence des approches biomédicales développées par le mouvement DAN (Defeat Autism Now) aux États-Unis, qui obtiennent des résultats là où les méthodes conventionnelles échouent.
De son côté, le livre L’autisme n’est pas une maladie génétique! de Dan Olmsted et Mark Blaxill va plus loin en démontrant que l’explosion des cas d’autisme depuis les années 1990 n’est pas due à un meilleur diagnostic, mais bien à des facteurs environnementaux. Ces deux ouvrages, appuyés par des recherches internationales solides, vous donnent les clés pour sortir du déni et explorer des pistes concrètes d’amélioration.
Ce qui détruit le microbiote de nos enfants

Si le microbiote joue un rôle si crucial, qu’est-ce qui le déséquilibre à ce point? Le Dr Hazan pointe plusieurs coupables modernes:
Les pesticides et conservateurs présents dans l’alimentation industrielle détruisent la diversité microbienne. L’abus d’antibiotiques, surtout chez les jeunes enfants, décime les bonnes bactéries sans distinction. Et paradoxalement, certains traitements censés protéger notre santé (elle mentionne notamment la protéine Spike du vaccin COVID) peuvent tuer spécifiquement les bifidobactéries essentielles.
Elle s’inquiète aussi de la mondialisation alimentaire: l’introduction du régime occidental (sodas, chips, aliments ultra-transformés) dans des populations indigènes d’Amazonie ou du Pacifique a provoqué une explosion de l’obésité, du diabète… et des troubles neurologiques.
Le constat est clair: nous perdons notre diversité microbienne à une vitesse alarmante. Et nos enfants en paient le prix.
Que pouvez-vous faire dès aujourd’hui?
Vous n’êtes pas obligé d’attendre une transplantation fécale pour agir. Le Dr Hazan recommande plusieurs pistes concrètes pour soutenir le microbiote de votre enfant:
Privilégiez une alimentation riche en fibres: fenouil, betteraves, pruneaux nourrissent les bonnes bactéries. Limitez les aliments ultra-transformés, les conservateurs et les pesticides autant que possible. Surveillez l’usage des antibiotiques: ils sont parfois indispensables, mais pas systématiques.
Elle insiste aussi sur l’importance de la vitamine D, qui favorise la croissance des bifidobactéries. Une simple supplémentation pourrait faire une différence notable.

Enfin, si vous remarquez des signes de déséquilibre intestinal chez votre enfant (ballonnements, diarrhées chroniques, constipation, troubles du sommeil), parlez-en à un professionnel de santé ouvert aux approches biomédicales. Des tests de microbiome existent désormais et peuvent révéler des déséquilibres invisibles à l’œil nu.
Pour aller plus loin, consultez notre article sur les 5 signes d’un microbiote déséquilibré.
Au fond, ce que nous révèlent les travaux du Dr Hazan, c’est que l’autisme n’est peut-être pas une sentence définitive. Chaque enfant possède un microbiome unique, et restaurer cet équilibre pourrait ouvrir des portes qu’on croyait fermées à jamais.
Cela ne signifie pas qu’il existe une solution miracle. Mais cela signifie qu’il y a de l’espoir. Et que regarder du côté de l’intestin n’est pas une lubie, mais une piste scientifique sérieuse, portée par des chercheurs de haut niveau.
Questions fréquentes
Tous les enfants autistes ont-ils un microbiote déséquilibré?
Les recherches du Dr Hazan montrent que la majorité des enfants autistes analysés présentent effectivement un manque de bifidobactéries et un excès de protéobactéries. Mais chaque cas est unique, et un test de microbiome permet de confirmer ce déséquilibre.
La transplantation fécale est-elle accessible en France pour l’autisme?
Actuellement, la TMF est principalement utilisée en France pour traiter les infections à C. difficile. Son usage pour l’autisme reste expérimental et n’est pas encore reconnu officiellement. Toutefois, des recherches internationales sont en cours.
Peut-on améliorer le microbiote sans transplantation fécale?
Oui, absolument. Une alimentation riche en fibres, la limitation des pesticides et antibiotiques, ainsi qu’une supplémentation en vitamine D et probiotiques ciblés peuvent aider à restaurer progressivement l’équilibre intestinal.
Dites-nous en commentaire: avez-vous déjà observé des troubles digestifs chez un enfant autiste de votre entourage? Avez-vous exploré des pistes liées au microbiote?
Et si vous connaissez quelqu’un concerné par ce sujet, partagez-lui cet article.














