Dix médecins, une année de maladie et 60 000 dollars dépensés avant de mettre un nom sur ce qui leur arrive. Dans l’entretien filmé à Paris avec Christian Perronne, Kris Newby raconte comment une piqûre de tique a bouleversé sa vie et celle de son mari. Derrière ces chiffres, rapportés par l’autrice, il y a des douleurs, des troubles de mémoire et la difficulté de se faire entendre.
La maladie de Lyme devient alors, pour cette rédactrice scientifique, une affaire personnelle puis un sujet d’enquête. Son parcours la conduit du documentaire aux archives de Willy Burgdorfer, le chercheur associé à la découverte de la bactérie responsable de l’infection. Pourquoi certains malades peinent-ils à obtenir des réponses? Que peut apporter une investigation historique à leur compréhension de la maladie?
Deux ouvrages des Editions marco pietteur permettent de prolonger ces questions: LYME: la piste interdite, de Kris Newby, préfacé par Christian Perronne, et Guérir Lyme par le jeûne sec, de Michelle Slater, annoncé pour janvier 2027. Le premier suit une enquête. Le second raconte un itinéraire personnel face à la maladie.
Dans la vidéo ci-dessous, Kris Newby revient sur son diagnostic, sa rencontre avec Burgdorfer et les documents qu’elle a rassemblés. Christian Perronne explique ce que cette enquête représente pour lui, après des années consacrées aux patients atteints de maladies transmises par les tiques.
LYME: la piste interdite, Kris Newby
Pour suivre cette investigation dans la longueur: archives, rencontres et interrogations sur les recherches militaires consacrées aux vecteurs de maladies.
Prix public: 28,00 € TTC. Prix affiché en boutique au 27 octobre 2026: 26,60 € TTC.
Maladie de Lyme: l’errance racontée par Kris Newby
Tout commence en 2002, lors d’un séjour à Martha’s Vineyard, sur la côte est des États-Unis. Kris Newby explique que son mari et elle tombent malades après avoir été piqués par des tiques. De retour en Californie, leurs symptômes s’installent: fatigue, céphalées, douleurs cervicales, difficultés à se souvenir et douleurs changeant de place.
Elle raconte avoir demandé un dépistage en rappelant le lieu de leur séjour. Plusieurs médecins écartent cette possibilité. Le couple finit, selon son témoignage, par recevoir un diagnostic de Lyme et de babésiose, une autre infection transmissible par les tiques. Ce récit met en lumière une difficulté très concrète: comment reconstituer le lien entre une exposition passée et des symptômes apparus ou prolongés loin du lieu de contamination?
Pour la journaliste, l’amélioration de son état après un traitement ouvre une autre étape. Elle veut comprendre pourquoi le diagnostic a pris autant de temps. Elle participe à la production du documentaire Under Our Skin, consacré au vécu des patients et aux controverses qui entourent leur prise en charge.
Le passage de malade à enquêtrice est le fil humain de l’entretien. D’abord, il faut retrouver assez d’énergie pour travailler. Puis viennent les rencontres avec les patients, les médecins et les chercheurs. Ce qui semblait pouvoir se résoudre par une meilleure sensibilisation devient un travail de plusieurs années.

Lyme et archives militaires: ce que cherche Kris Newby
La figure de Willy Burgdorfer occupe une place centrale dans cette investigation. Dans l’entretien, Kris Newby décrit ses échanges avec le chercheur et l’accès à des documents personnels et professionnels. Elle évoque des rapports, des correspondances et des travaux sur les agents infectieux transportés par les tiques, les puces ou les moustiques.
L’autrice défend une hypothèse historique: certains programmes de recherche militaire de la guerre froide pourraient éclairer des zones d’ombre de l’émergence de l’épidémie moderne. Elle décrit notamment des recherches visant à utiliser des arthropodes comme vecteurs d’agents pathogènes. C’est cette piste qu’elle explore dans son livre, en suivant les traces laissées par les scientifiques et leurs institutions.
Le lecteur peut situer une partie de ce travail grâce à la collection Willy Burgdorfer conservée à Utah Valley University, dont la notice présente des documents de recherche et des archives personnelles. L’existence d’un fonds permet d’identifier des matériaux; établir ce que chaque pièce démontre demande ensuite d’examiner son contenu et son contexte.
Une distinction compte ici: l’existence de recherches militaires sur des vecteurs infectieux ne suffit pas à démontrer qu’elles ont provoqué l’épidémie de Lyme. Une étude génomique publiée en 2017 par Walter et ses collègues montre une diversité ancienne de Borrelia burgdorferi en Amérique du Nord, bien antérieure à la guerre froide. Ces résultats empêchent de confondre une hypothèse sur l’épidémie moderne avec une création récente de la bactérie.
Kris Newby indique elle-même qu’elle poursuit ses recherches sur un autre agent infectieux évoqué dans les documents. Cette question encore ouverte donne sa forme à l’enquête: retrouver une correspondance, comprendre un rapport, chercher ce qui manque. Le livre permet de suivre ce cheminement au-delà des formules ramassées d’un entretien.

Patients atteints de Lyme: être entendus et participer
Christian Perronne accueille cette investigation à partir de son expérience clinique. Il dit reconnaître, dans le récit du couple, des situations rencontrées chez ses propres patients. Il revient aussi sur les obstacles qu’il affirme avoir rencontrés pour financer certaines recherches et défendre ses orientations thérapeutiques.
Son propos le plus concret concerne la place des associations. En évoquant son travail passé dans le domaine du sida, il rappelle l’importance qu’avait, à ses yeux, la participation des malades à l’évaluation des projets. Il souhaite retrouver cette capacité d’intervention dans les discussions autour de Lyme: pouvoir apporter une expérience, poser des questions et peser sur les priorités.
L’entretien exprime vivement son désaccord avec les institutions françaises. Pour comprendre la situation actuelle, un repère mérite d’être ajouté: les recommandations françaises actualisées en février 2025 ont été élaborées avec la participation d’associations de patients. Cette participation formelle ne tranche pas le débat sur l’écoute réelle ni sur les orientations retenues, mais elle doit être mentionnée.
Pour une personne malade, ces discussions ont des conséquences quotidiennes. À qui s’adresser lorsque la fatigue empêche de travailler? Comment décrire des symptômes fluctuants en quelques minutes de consultation? Quels examens déjà réalisés transmettre au médecin suivant? Le besoin de continuité et d’explications demeure, même lorsque les intervenants ne partagent pas la même interprétation de la situation.
L’intérêt de la vidéo tient aussi à cette rencontre: une journaliste parle depuis son parcours et ses archives, un médecin depuis sa pratique et ses désaccords. Leurs points de départ sont différents. Tous deux demandent que les questions des patients puissent être examinées et discutées.
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Deux livres pour prolonger la réflexion sur Lyme
Dans LYME: la piste interdite, le lecteur retrouve le versant historique et documentaire de cette démarche. La version française, traduite par Marco Pietteur et préfacée par Christian Perronne, permet de suivre les liens que Kris Newby examine entre parcours de chercheurs, programmes de la guerre froide et histoire sanitaire.
Le récit de Michelle Slater déplace le regard vers la vie bouleversée par la maladie. Guérir Lyme par le jeûne sec raconte son départ en Sibérie, après des années de souffrance, et l’amélioration qu’elle attribue à l’expérience vécue sur place. L’ouvrage aborde également les questions de jeûne, d’autophagie et d’inflammation.
Ce rapprochement est celui de deux parcours de femmes qui cherchent une issue et prennent la plume. Michelle Slater ne participe pas à l’entretien présenté ici. Son livre prolonge le thème de l’expérience des patients, sans constituer une démonstration de l’hypothèse historique de Kris Newby.
Le jeûne sec implique une privation de nourriture et de boisson. Le témoignage de Michelle Slater ne démontre pas son efficacité contre l’infection. La privation d’eau expose à une déshydratation potentiellement grave, notamment pour les reins, comme le rappelle la National Kidney Foundation. Ce récit ne doit donc pas être utilisé comme un protocole à reproduire ni remplacer une prise en charge médicale.
Guérir Lyme par le jeûne sec, Michelle Slater
Un récit de maladie et de reconstruction à découvrir. Parution annoncée: janvier 2027. Consultez la fiche pour connaître les modalités de disponibilité.
Prix public: 28,00 € TTC. Prix affiché en boutique au 27 octobre 2026: 26,60 € TTC.
Ce que ces lectures vous permettront d’explorer
Vous pourrez suivre le passage d’une expérience de maladie à une enquête, comprendre pourquoi Burgdorfer occupe une telle place dans les recherches de Kris Newby et découvrir un autre récit de vie avec Michelle Slater. Les deux ouvrages sont présentés ci-dessus avec leur fiche, leur prix et leur lien boutique. Ils offrent des matériaux pour une lecture suivie, là où la vidéo ouvre surtout des pistes.
La rencontre parisienne laisse une question pratique: comment faire circuler les récits et les documents de façon à améliorer les échanges entre malades, soignants et chercheurs? Pour les lecteurs concernés, cette question commence souvent très simplement: obtenir le temps d’expliquer ce qui leur arrive.
Si cet article vous semble utile, partagez-le autour de vous. Et dites-nous en commentaire quelle question posée dans cet entretien vous aimeriez voir approfondie: le parcours diagnostique, les archives de Burgdorfer ou la participation des patients à la recherche?
Si vous souhaitez évoquer votre propre parcours, vous pouvez préciser ce qui vous a aidé à préparer une consultation ou à mieux dialoguer avec un soignant, sans publier de données médicales personnelles.
Vos questions sur la vidéo et les deux livres
Faut-il avoir vu la vidéo pour lire l’enquête?
Vous pouvez aborder le livre directement. La vidéo donne un premier aperçu du parcours de Kris Newby et de ses échanges avec Christian Perronne; l’ouvrage permet de suivre le développement de son investigation.
Les deux livres défendent-ils la même thèse?
Ils ont des objets distincts: Kris Newby examine une piste historique et documentaire; Michelle Slater raconte son expérience de maladie et de reconstruction. Leur rapprochement repose sur la place accordée au vécu des patients.
Quand paraîtra le livre de Michelle Slater?
La fiche des Editions marco pietteur annonce janvier 2027. La disponibilité et les modalités de commande sont à consulter sur cette fiche, accessible dans l’encart consacré au livre.
Où trouver des repères pour le diagnostic et les soins?
Les recommandations HAS de 2025 donnent des repères sur la borréliose et les autres infections transmises par les tiques. Un professionnel de santé peut évaluer votre situation et vous orienter si nécessaire vers une équipe spécialisée.
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Pour prolonger la réflexion sur la fatigue et les questions soulevées par le jeûne, voici trois autres lectures du blog. Elles abordent des sujets voisins et ne constituent pas des traitements de Lyme.














